Katia Bessette Conteuse Voyageuse
Raconter pour exister
Les contes sont des femmes enceintes, ils portent la vraie vie en eux, l’oreille est le berceau où ils la mettent au monde, et qui ne les croit pas est plus fou qu’ils ne sont !
J’ai coutume de dire que les contes m’ont sauvée, et c’est vrai !
Quand j’étais enfant, j’étais persuadée que la cigogne m’avait déposée au mauvais endroit, ce devait être une nuit de brouillard ou de grand vent, ou alors elle était ivre, et elle m’a laissée tomber dans ce lieu saugrenu.
J’ai appris à lire très tôt, question de survie, les grandes personnes n’étaient pas assez disponibles pour me raconter des histoires.
Les contes et la poésie ont toujours eu ma préférence, je ne comprenais pas bien ce que je faisais dans ce monde, trop de bruit, trop de règles absurdes, trop de souffrance, trop de béton pas assez de nature, trop de laideur pas assez de beauté, je n’aimais que la nature sauvage, les histoires et les aventures épiques, et dans les contes je me sentais à ma place, alors j’ai appris à considérer la vie comme une infinité d’histoires.
L’oralité
Depuis plus de cinquante ans que je subis l’ennui de la vie réelle, je n’ai trouvé, aux soucis qui la dévorent, qu’une compensation c’est d’entendre des contes et d’en composer moi-même.
J’ai commencé à écrire assez tôt, des contes, des poèmes et des petites scènes de théâtre. À 15 ans j’ai gagné un grand concours de poésie, les deux premiers prix, avec le premier, un chèque de 1000 francs, j’ai réalisé mon rêve de partir en Russie, le second prix c’était un chèque livre de 300 francs, je me suis offert des livres de contes et de poésie.
J’ai commencé le théâtre à 14 ans, j’adorais jouer mais je n’aimais pas spécialement le milieu du théâtre, je n’ai pas l’esprit de compétition.
À 18 ans j’ai découvert l’oralité des contes, je vivais à Bordeaux dans le quartier africain, le samedi matin, au marché, des conteurs venaient partager leurs histoires, des conteurs sages et fous, jouant librement avec les mots et la musique, impressionnants, drôles, hauts en couleurs ! C’est avec eux que j’ai découvert l’oralité du conte, et l’envie de conter pour de vrai, pas seulement à mes amis.
Mais pour moi conteuse ce n’était pas un métier, il n’y avait pas d’école, pas de diplôme, c’était plutôt un chemin de vie, un long parcours initiatique, des obstacles à franchir, des épreuves à traverser avant de prendre la parole pour raconter le monde.
Alors pendant quelques années j’ai crée et animé des ateliers « contes, théâtre et marionnettes », j’étais alors éducatrice, mes histoires je les racontais dans le milieu de l’éducation spécialisée à Bordeaux, ce n’était pas mon chemin et je le savais.
La porte spatio-temporelle
Le hasard sait toujours trouver ceux qui savent s’en servir.
En secret je rêvais de trouver une porte spatio-temporelle, je me serais alors rendue à la cour
d’Aliénor au XIIe siècle déguisée en homme (je ne savais pas alors que les femmes pouvaient aussi être ménestrelles ou trobairitz) et je serais devenue ménestrel.
Mon projet de vie semblait assez incongru néanmoins j’ai fini par trouver cette fameuse porte. Ce
fut finalement beaucoup plus simple que je ne l’avais imaginé !
Une émission de radio, un homme, l’elficologue nommé Pierre Dubois dont je connaissais L’Encyclopédie des Fées par cœur, annonce qu’il va faire une conférence dans la forêt de Brocéliande dont je n’avais entendu parler que dans les romans de Chrétien de Troyes, que je relisais sans cesse depuis mes 12 ans.
Quelques kilomètres vers le nord et me voilà en Bretagne à la recherche de Brocéliande.
Ma rencontre avec la Bretagne, avec Brocéliande et le Centre de l’Imaginaire Arthurien au Château
de Comper a été décisive.
Se perdre c’est le début de toutes les aventures !
La tradition est un choix, un murmure des temps anciens et du futur. Elle me dit qui je suis. Elle me dit que je suis de quelques part. Je suis du pays de l’arbre et de la forêt, du chêne et des
sangliers, des chansons de geste et des contes de fées…
C’est en me perdant dans la forêt que j’ai trouvé ma voie/x. Une vieille maison, une vieille dame,
comme dans les contes de fées… Elle m’a accueillie, ou bien recueillie, et m’a raconté les histoires
de la forêt, pas la Légende Arthurienne qu’elle ne connaissait pas, plutôt les contes traditionnels, les
légendes populaires, elle m’a parlé des esprits de la forêt, des traditions et des croyances.
Ce soir là j’ai compris que j’étais chez moi.
La forêt et moi parlions le même langage, je suis tombée amoureuse.
Le déclic, la conviction, a eu lieu un jour en août 2001, j’étais venue proposer mes services comme
bénévole au Château de Comper, et une question : qu’est-ce que tu sais faire ?
Bonne question… raconter des histoires !
Deux heures plus tard je me trouvais sous les arbres de la forêt, en robe violette avec une couronne
de fleurs sur la tête, à raconter les mésaventures de Calogrenant à la Fontaine de Barenton.
Pour la première fois de ma vie je me suis sentie à ma place.
Ce jour là j’ai compris que le conte serait mon chemin et que je ne m’ennuierai plus jamais.
Un chemin initiatique
Les contes sont des mensonges qui disent toujours des vérités.
Ici, en Bretagne le contes et les conteurs étaient vivants.
Alors j’ai laissé derrière moi mon métier d’éducatrice, je me suis installée à Brocéliande et j’ai créé
« Le Monde de Médèle », Médèle c’est celle qui cherche la lumière dans les ténèbres, qui écoute et
raconte, car pour elle les histoires détiennent les secrets de la vie, elles sont des joyaux précieux.
Même si je racontais des histoires depuis longtemps, je n’étais qu’au début du chemin, pour moi
être conteuse c’était autre chose que de raconter des histoires, pour moi le conteur c’est celui qui
transmet le savoir et éveille les esprits et je savais que le chemin serait long avant d’être conteuse, il
faut du temps pour comprendre qui l’on est, ce que l’on est au monde, ce que l’on veut vraiment
transmettre.
J’ai arrêté le théâtre, je pensais que jouer n’avait rien à voir avec conter, le comédien interprète un
rôle alors que le conteur parle vrai.
Je me présentais alors comme souffleuse de mots, raconteuse d’histoires.
Je me suis formée toute seule, en écoutant, en rencontrant, en racontant.
Henri Gougaud a toujours été mon maître à penser, mon maître à conter.
Mon premier vrai salaire de conteuse je le dois à une association pour les bébés 0/3 ans, pendant
trois ans j’ai imaginé, créé, mis en scène, des séances de contes pour les tout petits, c’est un public
très formateur, très exigeant, ils m’ont appris l’humilité, l’importance de la musique des mots, ils
m’ont appris à donner sans rien attendre en retour.
Dans le même temps je multipliais les expériences, festivals, médiathèque, écoles…
Un jour de l’année 2010 une amie m’a demandé de la remplacer pour une balade contée, j’ai
découvert l’émerveillement de conter en forêt, j’avais échangé les planches de bois d’une salle
fermée contre le vrai bois de la forêt, et cela m’avait changée. J’avais tant envie de transmettre la
passion et l’amour que j’avais pour Brocéliande que je suis devenue guide-conteuse. C’est une
partie de mon métier que j’aime infiniment.
Engagée depuis longtemps dans une démarche éthique et écologique de la pratique du guide
conteur, je suis depuis 2023 la présidente de la Confrérie des Guides Conteurs de Brocéliande.
En 2013, je partage la scène avec le conteur elficologue Pierre Dubois, celui qui il y a bien longtemps m’avait soufflé le chemin de Brocéliande à la radio.
En 2014 je participe à un stage de marionnette avec Wendy Froud et Wiliam Todd-Jones. La même année nous montons le spectacle « Bois » avec la compagnie de cirque contemporain Les Galapiats.
En 2017 avec des conteurs de la forêt nous créons la Guilde des Conteurs de Brocéliande, et dans la foulée, en partenariat avec le Centre de l’Imaginaire Arthurien, le festival Badlagoule avec Bruno de La Salle en invité d’honneur avec qui nous aurons la joie d’organiser une master class.
En 2017 mon premier livre de contes, illustrés par mon amie et illustratrice Juliette Pinoteau, sort aux éditions Aux bords des Continents.
En 2020, toujours avec Juliette Pinoteau nous sortons Monstres et Sorcières, Petits Poèmes de l’Entre-Monde aux éditions Sous la Feuillée.
En 2018, après la naissance de mon troisième enfant, nous partons faire le tour de l’Europe sur la Route des Contes, je reste longtemps en Laponie, je travaille depuis 2014 sur les mythes et traditions populaires des Sâmes. De ce long voyage de près d’une année, je reviens avec une approche différente de conter, de transmettre, plus engagée, plus sensible et plus intime.
Le mouvement c’est la vie !
Voyager vous laisse d’abord sans voix avant de vous transformer en conteur »
Ibn Battûta XIVe siècle
De ma rencontre avec ma Dame de Brocéliande un jour que j’étais perdue, j’avais gardé l’émerveillement de la transmission orale. J’ai toujours été fascinée par les collecteurs de contes, et je voulais suivre ce chemin. Et puis comment raconter le monde si on ne le connaît pas ? Je voulais suivre la trace des héros dont je racontais les aventures, me nourrir des paysages, de la nature toute entière, m’enrichir de toutes les cultures. Alors j’ai pris ma famille par la main et nous avons mis le chemin sous nos pieds. Des petits voyages d’abord, qui sont vite devenus de plus en plus longs.
Aujourd’hui je me définie comme une semi-nomade, le monde est mon foyer, Brocéliande mon refuge, un refuge que j’ai besoin de quitter régulièrement pour me retrouver.
Je dis souvent que j’ai l’ermitage vagabond, le quotidien m’éteint, le confort m’endors, j’ai besoin d’être en mouvement, d’être surprise à chaque instant, pour m’apaiser, penser, créer.
Conteuse voyageuse, conteuse engagée
Toutes les histoires sont vraies tant qu’elle sont racontées. Et tant qu’elles sont racontées
les héros ne meurent jamais.
C’est ici à Brocéliande que l’on m’a donné ce surnom de conteuse voyageuse, je l’aime bien, il me
définit bien.
Je pars en quête d’histoires et je reviens les raconter, avec mon être tout entier.
On dit que ce n’est pas le conteur qui choisit le conte mais le conte qui choisit le conteur. Mes contes me ressemblent, ils sentent le merveilleux, respirent la nature toute entière, parfois sombres, souvent lumineux, mélancoliques et gais, féministes, humanistes… toujours engagés.
A travers eux je transmets les valeurs qui m’animent, je donne ma voix à la nature, aux minorités, aux cultures du monde entier avec une approche sensible et poétique.
Je propose des spectacles de contes autour de thèmes que j’affectionne particulièrement, des balades contées à Brocéliande et parfois ailleurs, des stages de théâtre avec écriture et mise en scène de contes / légendes, et des ateliers « contes et illustration » pour les scolaires et les médiathèques en collaboration avec l’illustratrice Juliette Pinoteau.
Depuis 25 ans je conte partout et tout le temps, là où il y a des oreilles curieuses et des esprits ouverts au mystère.
On dit que pour qu’un conte existe il faut trois conditions :
- Une histoire à raconter,
- Un conteur ou une conteuse pour la conter
- Et des oreilles pour l’écouter.
Vous êtes importants, vous faites partie de l’équation, grâce à vous le conte et les conteurs sont vivants et nous vibrons à l’unisson !
